Les actualités 2026 de la ligne Pau – Canfranc – Saragosse

31 janvier 2026 : l’opération séduction de la Région auprès des élus locaux, « la colère des sans-trains de Nouvelle-Aquitaine et du Massif Central » à Limoges

Voyant que la contestation du projet gagne de plus en plus d’élus locaux, la Région Nouvelle-Aquitaine est partie en « opération débunkage » de son projet afin de convaincre ces élus locaux du bien-fondé de son projet de réouverture de la ligne ferroviaire Pau – Canfranc. Sauf que les arguments avancés manquent de consistance et de réalisme, si bien que « l’opération débunkage » est en train de faire un flop.

Tout a commencé le 19 janvier avec une grande réunion exceptionnelle appelée GIA Transports (Groupe Inter Assemblée) qui réunit les conseillers régionaux membres de la Commission Transport et certains membres du CESER. Cette réunion entièrement consacrée à la ligne ferroviaire Pau – Canfranc s’est déroulée à l’Hôtel de Région de Bordeaux et a été présidée par Renaud Lagrave, vice-président en charge des mobilités, avec à ses côtés Jean-Luc Gary, directeur territorial de SNCF Réseau. Tout la préparation de cette réunion a été effectuée par Emilie Debray, la nouvelle directrice de la Mission grands projets à la Région et remplaçante de Nathalie François qui a préféré jeter l’éponge.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on a appris peu de choses nouvelles à cette réunion. Le projet de ferroutage sur une autoroute ferroviaire est totalement enterré confirmant ce qui avait été annoncé en novembre et décembre 2025 [1] [2]. A la place, la Région parle de report modal pour désengorger la RN 134 et le justifie par la « stratégie européenne de développement du fret ferroviaire » et par « la stratégie nationale visant le doublement de la part modale du rail d’ici 2030 ». Il est fait référence ici au plan Ulysse Fret de SNCF Réseau, alors que ce plan ne fait absolument pas appel à la ligne ferroviaire Pau – Canfranc et que la stratégie nationale de développement du fret ferroviaire entre la France et l’Espagne élaborée par la DGITM est à l’opposée complète de la stratégie de la Région ! Tout le transport de marchandises est désormais axé sur le transport de céréales entre la Nouvelle-Aquitaine et l’Aragon avec un potentiel de 4 000t de céréales par semaine, ce qui fait 210 000t par an, soit rien du tout. De plus, la Région en revient bien aux hypothèses de convergence qui considèrent uniquement 6 à 10 trains de marchandises chaque semaine. Donc, avec de telles quantités qui représentent 105 poids-lourds de 38t chaque semaine, soit environ 15 poids-lourds par jour, le report modal provenant de la RN 134 est absolument négligeable. 15 poids-lourds sur environ 380 poids-lourds qui traversent le tunnel du Somport chaque jour, c’est-à-dire moins de 4% [3] ! Qui plus est, que sait-on de la production de céréales en Nouvelle-Aquitaine et de l’achat de céréales par l’Espagne dans le futur ? Faire reposer toute une activité de transport de marchandises sur un seul produit est très risqué. Que se passe-t-il si les récoltes sont mauvaises ? Que se passe-t-il si l’Espagne décide de se fournir en céréales ailleurs ? On remarque également que la Région ne parle pas d’autres types de transport comme le transport combiné, le transport de voitures, le transport de produits chimiques venant de Lacq ou le transport de matières dangereuses, preuve que cette volte-face de l’abandon du ferroutage met les services de la Région très mal-à-l’aise pour élaborer une nouvelle stratégie.
Concernant les aspects techniques, ce GIA Transports a apporté quelques précisions et nouveautés :
          • l’électrification serait bien mise en œuvre, mais il n’y a toujours aucune précision sur la tension choisie : certainement que les services techniques de SNCF Réseau sont très réticents à installer une ligne en 25kV et préféreraient certainement une tension de 1 500V compatible avec la tension utilisée dans tout le Sud-Ouest, le choix définitif de la tension d’électrification semble être repoussé aux études de projet ;
          • la vitesse de la ligne serait de 50 à 70km/h à partir de Bedous, donc même avec des travaux aux standards les plus modernes, la vitesse de la ligne ne serait pas améliorée par rapport à ce qui existait en 1928 et est donc outrageusement faible et ridicule ;
          • il n’y aura qu’une halte au-delà de Bedous, et qui serait située à Urdos ou Etsaut, l’hypothèse des deux haltes est définitivement enterrée ;
          • la gare de Pau serait réaménagée pour permettre la création de voies de services afin de gérer l’exploitation des trains de marchandises ;
          • l’exploitation serait faite en ERTMS niveau 2 et c’est une nouveauté ! en effet, il était prévu initialement une exploitation en ERTMS niveau 1 ; déjà que l’on ne voyait pas l’intérêt de mettre une exploitation en ERTMS niveau 1 sur une voie unique, on ne voit encore moins l’intérêt de mettre de l’ERTMS en niveau 2 d’autant plus que l’ERTMS en niveau 1 vient d’être installée entre Huesca et Canfranc ; tout cela est certainement une technique d’embrouille pour SNCF Réseau afin s’en mettre encore plus dans les poches !
          • sur les passages à niveau, sur les protections acoustiques, sur la sécurisation de la ligne : SNCF Réseau fera ce qui est exigé par les normes et rien de plus ; il ne faut donc pas s’attendre à ce que SNCF Réseau suive l’esprit des normes et fasse des efforts supplémentaires pour limiter les nuisances aux riverains ou améliorer la sécurité des circulations sur cette ligne complexe et potentiellement dangereuse.
Surtout et ce qui fut le plus décevant, ce GIA Transports n’a apporté aucune précision sur le coût et sur la viabilité socio-économique de ce projet. Pourtant, les études faites par Systra et Rail Concept en 2025 ont fourni toute ces informations. On se doute que si la Région ne les communique pas, c’est qu’elles ne sont pas agréables à entendre.

C’est ensuite le Président de la Région en personne qui, à l’occasion d’un déplacement à Lacq le vendredi 30 janvier, a tenté de convaincre les maires de Jurançon, Michel Bernos, de Gelos, Pascal Mora, et de Gan, Francis Pées [4]. Peine perdue, ici encore, le Président de la Région a peiné à apporter des réponses claires aux maires sur la finalité du projet, sur les exigences formulées par les autorités espagnoles, sur les mesures de sécurité et sur les protections des populations, sur le financement du projet. Comme l’a dit Michel Bernos dans son post, « nous constatons une divergence de fond sur la nature, les objectifs, et les conséquences du projet de corridor ferroviaire Pau-Canfranc ».
Ces trois maires réitèrent ainsi leur « opposition à ce projet tel qu’il est aujourd’hui envisagé ».
Le post de Michel Bernos est à lire ici : https://www.facebook.com/michel.bernos

Pendant ce temps, c’est une toute autre histoire qui se passe en Limousin pourtant situé dans la même région que les Pyrénées-Atlantiques : pas de GIA Transports exceptionnel, pas de déplacement du Président de la Région, mais des simples citoyens qui se font appeler les « sans-trains de Nouvelle-Aquitaine et du Massif Central » et qui vont manifester ce samedi 31 janvier à la gare de Limoges. Eux, ils ne demandent pas des milliards pour réhabiliter 36km de voies ferrées, ils demandent un tout petit peu d’argent pour éviter la fermeture de leurs lignes ferroviaires et pour rouvrir quelques lignes fermées ces 10 dernières années et utiles à des milliers d’usagers.
La tragédie est éloquente et il suffit de lire cet article du média indépendant Facto pour s’en rendre compte :
https://www.facto-media.fr/index.php/2026/01/29/ter-en-limousin-un-demenagement-du-territoire/?fbclid=IwY2xjawPpidVleHRuA2FlbQIxMABicmlkETFHWGZqSGkwTkRwZzNweTR2c3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHhXqocZdrZMnWARc958_sv0GvzlwaT6RM_ynnozMuQXViEZ2yKZapKQPcitR_aem_MgeVTWiDWI_oQihCwo12yQ

[1] : Réouverture de Pau-Canfranc : ce que l’on sait du projet – Marie Berthoumieu – La République des Pyrénées – 4 décembre 2025
[2] : Ce qu’il faut retenir du grand débat organisé par notre journal – La République des Pyrénées – La République des Pyrénées – 9 décembre 2025
[3] : La Région promet 180 camions en moins sur la route grâce à la réouverture – ICI – 9 décembre 2025
[4] : Les maires de l’agglo de Pau opposés à la Pau-Canfranc ont rencontré Alain Rousset – La République des Pyrénées – 31 janvier 2026

16 janvier 2026 : Avec la fermeture prochaine de l’hôpital d’Oloron-Sainte-Marie, une formidable opportunité se présente pour la réouverture de la ligne ferroviaire Pau – Canfranc avec le transport sanitaire

Après le transport de marchandises par ferroutage ou pas d’Artix à Saragosse-Plaza, le transport de voyageurs de Bordeaux à Saragosse, le transport touristique en vallée d’Aspe, voilà une nouvelle et formidable opportunité de valoriser la ligne ferroviaire Pau – Canfranc avec un nouveau type de transport : le transport sanitaire par train !
A n’en pas douter que la Région va vite valoriser cette opportunité avec la perspective de fermeture prochaine de l’hôpital d’Oloron-Sainte-Marie telle que le rapporte son personnel [1]. Déjà, la maternité de l’hôpital avait fermé en 2017 [2] ce qui a laissé la formidable opportunité aux jeunes maman d’aller accoucher à Pau en prenant le TER Pau – Oloron – Bedous, à la condition bien évidemment de ne pas décider d’accoucher lorsque les circulations sont annulées ! De même, les urgences de l’hôpital sont en situation tendue [3] [4], surtout l’été où elles peuvent fermer durant plusieurs semaines, ce qui a laissé la formidable opportunité aux blessés graves d’aller se faire soigner aux urgences de Pau en prenant le TER Pau – Oloron – Bedous, à la condition bien évidemment de ne pas se blesser lorsque les circulations sont annulées !
Qui plus est, avec la réouverture de la ligne Pau – Canfranc, c’est l’espoir de réactiver le vieux projet de Victor Bérard (1864-1931) qui souhaitait réaliser une ligne ferroviaire de Vladivostok en Extrême-Orient russe au Cap en Afrique du Sud tout en passant par Canfranc. Ce sera ainsi la formidable opportunité pour les Oloronais et les Aspois de se faire soigner dans les meilleurs hôpitaux de Moscou, Berlin, Bruxelles, Paris, Saragosse, Madrid, Rabat, Abidjan, Luanda, Le Cap en prenant le train sanitaire juste en bas de chez eux.
Alors, le 20 janvier 2026 à 17h30, venez manifester devant l’hôpital, venez accompagner les membres de l’association des partisans de la réouverture et préparez vos formidables banderoles : « OUI A LA FERMETURE DE L’HOPITAL D’OLORON ! – OUI A LA REOUVERTURE DE PAU-CANFRANC ! – OUI AU TRANSPORT SANITAIRE JUSQU’A MOSCOU ET AU CAP ! »

Bien évidemment, tout cet article d’un très mauvais goût laisse une saveur amère tant la situation actuelle de l’hôpital d’Oloron-Sainte-Marie donne envie de vomir.
Quand l’on pense que 2M€ ont été provisionnées au budget 2026 de la Région pour de nouvelles études, quand l’on pense que le montant total des études depuis 2017 doit osciller entre 25 et 30M€, quand l’on pense que la réouverture va coûter plusieurs centaines de millions d’euros, on se dit que cet argent pourrait être beaucoup mieux utilisé ailleurs. Mais comme l’a dit à plusieurs reprises Bernard Uthurry, maire d’Oloron-Sainte-Marie : ce ne sont pas les mêmes budgets !!!

[1] : « L’hôpital d’Oloron est en train de mourir » : la CGT lance un cri d’alerte et invite à un rassemblement le 20 janvier – Gildas Boënnec – La République des Pyrénées – 11 janvier 2026
[2] : Fermeture de la maternité d’Oloron : l’arrêté signé par le directeur de l’ARS – La République des Pyrénées – 28 octobre 2017
[3] : En manque de médecins, les urgences d’Oloron tirent la sonnette d’alarme – Gildas Boënnec – La République des Pyrénées – 6 octobre 2020
[4] : Les urgences d’Oloron vont à nouveau fonctionner en « mode dégradé » cette semaine – Gildas Boënnec – La République des Pyrénées – 24 mai 2022

11 janvier 2026 : toujours pas de réponses de la Région et de SNCF Réseau aux 175 contributions postées sur le site internet de la concertation MECDU, les réponses du CROC à ces contributions

Les vacances de Noël se prolongent manifestement à la Région et chez SNCF Réseau. Cela fait 21 jours maintenant que la concertation MECDU est terminée. Pourtant, la Région et SNCF Réseau n’ont toujours pas daigné apporter une quelconque réponse aux 175 contributions postées par des contributeurs sur le site internet de la concertation MECDU. Le site internet lui-même est quelque peu étonnant car ce ne sont pas moins de 27 contributions qui ont disparu. Reviendront-elles un jour ? Dans tous les cas, le CROC les a précieusement conservées dans son fichier, ce sont celles dont le numéro d’identification est en vert italique.

Comme lors de la concertation de l’automne 2024, la promesse de la Région et de SNCF Réseau de répondre aux questions posées sur le site internet n’est absolument pas tenue. Alors, comme la Région et SNCF Réseau ne répondent pas, le CROC va répondre. Voici donc quelques réponses aux questions les plus pertinentes des contributeurs dans le fichier joint. Ces réponses n’engagent bien évidemment que le CROC !

https://drive.google.com/file/d/19yND0dCmamk9Bse3JyK6T4R6Nm5poo4L/view?usp=drive_link

Voici quelques statistiques qui peuvent être faites sur ces contributions.

 

Avis positifs

Avis négatifs

Avis neutres

Sans question

28

29

4

524 525 528 529 530 531 533 537 538 539 541 542 543 545 547 548 550 555 565 573 575 576 581 589 681 685 687 693

532 534 535 536 544 549 552 558 561 564 574 577 588 591 592 595 596 597 603 678 682 683 684 689 690 694 695 696 697

540 546 578 594

Avec questions

0

106

8

551 556 557 559 560 563 566 567 568 569 570 571 572 579 580 582 583 584 585 586 587 590 593 598 599 600 602 604 605 606 607 608 609 610 611 612 613 à 676 677 679 680 686 688 698

526 527 553 554 562 601 691 692

Total

28

135

12

16,0%

77,1%

6,9%

On remarque que le nombre des avis négatifs à ce projet est largement plus élevé que le nombre des avis positifs. Cette fois-ci, SNCF Réseau ne pourra pas dire que son projet a reçu « un accueil globalement favorable, mais nuancé » et qu’il y a eu « une opposition marginale, mais affirmée » comme elle a osé le dire dans son bilan [1] à propos des contributions de la concertation de l’automne 2024.
De même, tous les avis positifs se font sans aucune question et donc sans aucune critique du projet, ce qui signifie que les partisans de la réouverture sont prêts à toutes les compromissions pour arriver à leur fin.